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Ces "vieux" qui se battent pour leur liberté sexuelle 

Par Elisabeth Berthou, Courrier International

31 octobre 2005

Une étude parue dans la revue américaine The Gerontologist indique que "80 % des personnes interrogées de plus de 60 ans se plaignent d'un environnement humain estimant qu'elles ont une mémoire et un état physique défaillants liés à leur âge ; 58 % souffrent des moqueries que l'on réserve aux 'vieux' ; 31 % considèrent que leurs opinions sont ignorées ou peu prises au sérieux en raison de leur âge".

Par ailleurs, l'American Psychological Association (APA) mentionne l'étude faite par Becca Levy, enseignante à l'université Yale, portant sur 660 personnes âgées, qui a déterminé que les sujets ayant une bonne opinion d'eux-mêmes vivaient 7,5 années de plus que ceux qui ne bénéficiaient pas de reconnaissance positive. Elle met l'accent sur les comportements valorisants envers les gens âgés, qui ont "une action stimulante sur leur état mental". Ainsi ceux qui reçoivent une bonne reconnaissance "montrent d'une façon significative une meilleure mémoire et une personnalité plus équilibrée, alors que le déficit de reconnaissance contribue à la détérioration de la mémoire et à un sentiment de dévalorisation". Attention, les "stéréotypes concernant l'âge sont déjà intégrés chez les enfants - bien avant que la pensée soit structurée", alerte Becca Levy, ajoutant que "même avant 4 ans l'enfant va répéter les stéréotypes sur la vieillesse, lesquels perdureront en s'amplifiant au long de sa vie". 

Prenant le problème de l'âgisme très à cour, la psychologue Jacqueline Goodchilds, enseignante à l'Université de Californie à Los Angeles, n'hésite pas à parler d'"attitudes discriminatoires" envers les personnes âgées. Elle a élaboré, en collaboration avec le Comité sur le vieillissement de l'APA, une résolution contre l'âgisme ; le texte dit que l'APA est contre l'âgisme "sous toutes ses formes" et encourage chacun à l'éliminer de la vie quotidienne. "L'APA, luttant contre le racisme, le sexisme et tous les 'ismes', il était évident qu'il se prononçât contre l'âgisme également", commente le Pr Goodchilds. 

Pendant ce temps-là, au Québec, les "vieux" interpellent la société en posant ouvertement la question "Jusqu'à quel âge peut-on faire l'amour ?" "Jusqu'à ce que les yeux se ferment pour toujours", répond joliment Denise Badeau, professeur de sexologie à l'Université du Québec à Montréal, dans un grand dossier du journal La Presse. "La vie sexuelle commence désormais très tôt et se prolonge tard, bien au-delà de la ménopause des femmes", déclare-t-elle au quotidien. Le Pr Badeau, coauteur avec André
Bergeron de "Santé sexuelle et vieillissement" (éd. du Méridien) a rencontré 110 personnes âgées de 60 à 94 ans pour qui la sexualité n'est pas un vain mot. Ainsi, l'une d'elles "indique qu'elle a eu de belles aventures et qu'elle aimerait continuer à faire l'amour, même si elle se sent un peu ralentie depuis l'âge de 71 ans ; un homme s'émerveille des érections que ses rêves provoquent encore à 90 ans ; tandis qu'une autre dit avoir découvert, une fois octogénaire, les relations oro-génitales". 

Quoi qu'il en soit, sexualité et vieillesse ne semblent pas faire bon ménage dans la représentation que la société a de la personne âgée. On préfère évoquer l'affection, la tendresse. "Alors que ce n'est pas ça du tout", s'offusque dans La Presse, Yves Gineste, directeur d'un centre de formation en méthodologie des soins. "La sexualité, c'est de l'orgasme. Les hommes âgés ont des difficultés physiologiques, leur érection dure moins longtemps, mais ils parlent de plaisir comme vous et moi." Du reste, des études montrent qu'il n'y a "aucune réduction de l'excitation sexuelle pendant la ménopause, et chez les hommes en bonne santé, la sécrétion d'androgènes demeure relativement constante jusqu'à 70 et même 80 ans", affirme Denise Badeau dans son livre. 

Même l'âge peut apporter des avantages. "Mon mari étant jeune était un éjaculateur précoce, témoigne une presque octogénaire. En vieillissant, ça prend plus de temps et ça me permet d'entrer dans l'ambiance." Malheureusement, la vie sexuelle des vieux reste un tabou pour la plupart des gens, analyse Yves Gineste. "Selon notre éducation, notre religion dont on a hérité plusieurs principes, la sexualité sert à la reproduction. Or, à partir du moment où vous n'êtes plus capables de vous reproduire, la sexualité devient du plaisir. Et le plaisir, c'est suspect !" 

Parallèlement à la lutte contre l'âgisme, une autre s'amorce qui devrait faire évoluer les rapports à la personne âgée à court terme : la reconnaissance et le respect de sa vie intime dans les centres d'accueil et maisons de retraite. Dans son dossier, La Presse laisse la parole à Jean Carette, professeur au département du travail social de l'université du Québec : "L'ambiance, l'organisation de la vie, la répartition des hommes et des femmes dans des ailes différentes, les problèmes de validité, tout ça fait que le centre d'accueil est la mort. Tandis que la sexualité, c'est la vie." Il paraît qu'il existe des maisons de retraite, au Danemark, où il y a des cassettes pornos à la réception, avec des petites plaquettes 'Ne pas déranger' et où les directeurs ont permis que des rencontres entre une prostituée et un patient soient organisées dans un hôtel.


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