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Le spleen des retraités migrateurs d'Agadir

Par Florence Beaugé, Le Monde

France

31 janvier 2006

 

Ils ont du vague à l'âme et ne s'en cachent pas. On leur a fermé la porte du paradis. "On avait installé le camping-car juste au bord de l'eau. Je me relevais la nuit pour voir les rayons de la lune sur les rouleaux de la mer. C'était tellement beau !", soupire Bernard. Sa femme, Françoise, est si déçue que tout lui paraît changé cette année. 

Bernard et Françoise, la soixantaine, font partie de ces nombreux retraités français, allemands ou scandinaves qui viennent passer chaque hiver sur la côte marocaine, entre Essaouira et Agadir. Pas à l'hôtel ou dans un riad (maison d'hôte), comme c'est devenu la mode à Marrakech, mais dans leurs camping-cars. A l'approche du froid, ces retraités quittent la France par milliers, comme des oiseaux migrateurs. Ils traversent toute l'Espagne la peur au ventre "là-bas, on se fait racketter sur les routes", assurent certains puis franchissent en ferry le détroit de Gibraltar et descendent la côte atlantique jusqu'au "kilomètre 17". Ce coin sauvage, de toute beauté, proche du village de Taghazout, à 17 kilomètres d'Agadir, est devenu leur point de ralliement, leur Woodstok, leur Katmandou. En 2005, quelque 1 200 camping-cars soit 2 400 retraités environ s'étaient installés dans ce lieu presque mythique. "Il y avait une marée de caravanes qui s'étalaient sur les dunes sur 5 ou 6 kilomètres. C'était ahurissant", rapportent les témoins.

Est-ce pour récupérer cet eden dans le cadre de l'aménagement touristique de la baie d'Agadir ? Par souci de protéger l'environnement des méfaits du tourisme sauvage ? Ou la conséquence d'un reportage d'"Envoyé spécial" qui les a, paraît-il, "dénigrés" et "présentés comme des "gogols semant leurs ordures à tout vent" ? Les "camping-caristes" sont divisés sur les raisons de la fermeture de leur site. Ils se sentent en tout cas malheureux dans les campings patentés, où ils sont désormais priés de jeter l'ancre. "C'est comme si on nous mettait en prison ! s'indignent-ils. Si on choisit de voyager en camping-car, c'est parce qu'on aime la liberté et la nature !" Reviendront-ils, malgré tout, dans la région, l'année prochaine, comme ils le font depuis cinq, dix, voire trente ans ? Certains menacent d'opter pour la Mauritanie, mais leur engouement pour le Maroc est tel qu'on a peine à les croire. Voilà neuf ans que, chaque automne, Marcel, 83 ans, quitte la côte d'Azur avec sa femme, Geneviève, pour rejoindre Agadir en camping-car et y passer de trois à six mois. Ici, disent-ils, on a "le soleil, la chaleur et la qualité de l'accueil. Tout le monde parle français. Et, en plus, on se sent en sécurité". Mi-février, ils iront faire une escapade dans l'extrême Sud, à Dakhla, en compagnie de deux autres couples, Hubert et Claudine, originaires de Laon (Aisne), et Claude et Marité, des Bretons, retraités comme eux. Deux veuves, âgées de 80 et 81 ans, des habituées du "kilomètre 17", les accompagneront.

Le programme est bien rodé : baignade chaque matin dans un océan à 18 oC. Footings ou marches sur la plage. Ravitaillement hebdomadaire au Marjane (filiale d'Auchan). Restaurant une fois tous les huit jours pour se gaver de couscous de dromadaire et de tajine de chèvre. Et courses en tout genre. Ici, tout est moins cher : lunettes de vue, prothèses dentaires, etc. Tous se sont offert vestes ou pantalons de cuir à des prix défiant toute concurrence. Ils ont des téléphones portables et communiquent d'un camping-car à l'autre par Texto. Leurs enfants et petits-enfants les rejoignent parfois pour des vacances et en profitent pour aller visiter la vallée du Dra, les gorges du Dadès...
Beaucoup de ces retraités migrateurs ont noué des amitiés solides au fil des ans. Ils sont invités dans des familles marocaines, à l'occasion de l'Aïd, notamment. "Ici, on a le moral, souligne Hubert. Et, si un jour on doit se retrouver en chaise roulante, on sera sûrement plus heureux au soleil d'Agadir que dans la grisaille de Lille ou de Brest..." 


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