21
Janvier 2008
France
En perte de vitesse dans les sondages, dépassé par son premier ministre, Nicolas Sarkozy va travailler son "cœur de cible" : les plus de 65 ans, dont les deux tiers ont voté pour lui lors de l'élection présidentielle. Car ce sont eux qui, dans les dernières semaines, lui ont fait le plus défaut.
Le chef de l'Etat aurait perdu dix points en deux mois dans cette catégorie d'âge, selon le dernier sondage Ifop pour Le Journal du dimanche du 20 janvier. Et même dix-huit points, selon les enquêtes de TNS/Sofres pour Le Parisien, qui mesurent "la confiance pour résoudre les problèmes qui se posent actuellement en France". Cette tendance est d'autant plus inquiétante pour le président que, comme l'explique le directeur général de CSA, Stéphane Rozès, "les personnes âgées sont celles qui, de tout temps, et quelle que soit la couleur politique du président, sont normalement sensibles à sa légitimité".
Pour M. Sarkozy, la première alerte est apparue dès décembre 2007, lors de l'examen du projet de loi de finances. Prévu depuis trois ans, l'alignement des conditions d'exonération de la redevance sur celles de la taxe d'habitation aurait dû entrer en vigueur en 2009. Conséquence, 800 000 retraités à revenus modestes auraient perdu l'exonération dont ils bénéficiaient jusqu'alors. Après la levée de boucliers d'une grande partie des députés UMP et de certains membres du gouvernement, comme le ministre du travail Xavier Bertrand, le président a choisi de reporter ce débat. Mais le mal est fait : "La redevance télé est systématiquement évoquée par les plus de 65 ans dans les enquêtes qualitatives", explique Jean-Luc Parodi, directeur de recherche à Sciences Po Paris.
Le "décrochage" des retraités est plus profond. Martelé depuis huit mois, le slogan "travailler plus pour gagner plus", ainsi que les deux lois votées pour favoriser les heures supplémentaires et le rachat des RTT ne les concernent pas. M. Sarkozy prépare donc un plan de reconquête sur le thème du pouvoir d'achat, mais aussi sur celui de la sécurité.
Pour illustrer ce second thème, qui a aussi fait le succès de sa candidature auprès des plus âgés, le président devrait effectuer deux déplacements cette semaine : à Pau et Bordeaux, mardi, puis dans un commissariat de la banlieue parisienne. Sur le pouvoir d'achat, de nombreuses pistes figuraient dans son programme de candidat (revalorisation du minimum vieillesse de 27 % en cinq ans, augmentation de 54 % à 60 % des pensions de réversion). "Son programme comprenait de nombreuses mesures ciblées et explicites qui lui ont permis d'engranger des voix dans cette catégorie et de créer un clivage jeunes/vieux, encore plus marqué que celui des catégories socioprofessionnelles", souligne Brice Teinturier
(TNS-Sofres).
Mais aucune de ces mesures n'a été mise en œuvre. Le gouvernement voulait attendre la négociation de 2008 avec les partenaires sociaux sur la réforme du régime général des retraites pour dévoiler en même temps, selon M. Bertrand, des mesures "généreuses" et "courageuses" (augmentation de la durée de
cotisation).
Le temps presse, et le président préférerait abattre ses cartes avant les municipales. Peut-être le 6 février, à l'occasion d'un discours sur la protection sociale. "Il faut donner de la visibilité sur ces questions du pouvoir d'achat des plus de 65 ans" confirme M. Bertrand.
Outre la revalorisation accélérée du minimum vieillesse, le gouvernement envisage un rattrapage du niveau général des pensions – qui concerne 13 millions de personnes – sans attendre, comme la loi le prévoit, un bilan triennal. Le ministre du travail le confirme au Monde : "On ne va pas attendre trois ans. C'est inimaginable." M. Bertrand dit "attendre les prochains chiffres annuels de l'inflation", d'ici quelques semaines, pour procéder à une éventuelle correction. Et faire oublier la maigre augmentation des retraites de 1,1 % au 1er
janvier.
Ces messages tardifs seront-ils suffisants pour inverser la tendance ? M. Rozès en doute : "C'est la catégorie la plus sensible à la dimension symbolique et imaginaire du président, liée à la fonction qu'il incarne : or les Français ne sont pas prêts à accepter l'exposition de la vie privée du président." Un problème qui relève moins de la politique que mène le président que de l'image qu'il donne de lui-même.
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RÉFÉRENCES
MINIMUM VIEILLESSE. Il s'ajoute à la pension perçue afin de garantir à tous les retraités une pension minimale fixée, au 1er janvier 2008, à 628 euros par mois. 600 000 retraités en bénéficient.
REVALORISATION DES PENSIONS. Elle est fixée au début de chaque année (1,1 % au 1er janvier 2008), à partir du chiffre prévisionnel de l'inflation hors tabac (1,6 %), auquel on ajoute ou on retranche le différentiel constaté, pour l'année précédente, entre les prévisions et le réel (0,5 % de moins en 2007).
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