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Le petit prince et sa cour d'ancêtresPar: Antonio Golini Antonio Golini est démographe, professeur à l'université «La Sapienza» de Rome. L'Italie est le pays «le plus vieux du monde».
Quelles sont les conséquences de cette situation ? En 2047, si le taux de fécondité demeure constant, il y aura dans ce pays 18 millions de plus de 65 ans et 2,5 millions de moins de 10 ans, avec un ratio de 5 vieux pour 1 enfant. Si on prend en compte les plus de 60 ans, le ratio sera de 16 pour 1. Ce processus va avoir des effets démographiques et économiques bien sûr, mais aussi des conséquences culturelles, sociales et psychologiques. Et elles seront d'autant plus fortes que ce processus sera intense et rapide. La société a du mal à affronter ces problèmes, parce que ces changements arrivent de manière invisible et silencieuse. Et la solution est d'autant plus difficile à trouver que ce processus de vieillissement est absolument nouveau dans l'histoire de l'humanité. L'Italie est le premier pays au monde dans cette situation : nous n'en connaissons aucun autre exemple. Comment cela va-t-il changer l'image et le statut des personnes âgées ? On peut être optimiste et imaginer que l'Italie, en plus de ses propres vieux, accueille les retraités fortunés du nord de l'Europe, qui viendront chercher le soleil, les paysages et la cuisine. L'Italie deviendrait une gigantesque Sun City, comme celle qui, en Arizona, accueille des milliers de retraités américains. En fait, il risque de se passer avec les vieux ce qui s'est passé avec les enfants pendant sept siècles en Europe : la tragédie des enfants abandonnés. La première maison pour enfants abandonnés en Europe a été fondée à Pise en 1270 ; la dernière a fermé ses portes à Venise en 1927. Mais ces asiles existaient dans tous les pays. Regardez la littérature française et anglaise du XIXe siècle : Dickens, Victor Hugo... L'Europe a vécu cette tragédie pendant des siècles parce qu'il y avait un excès d'enfants et que leur valeur était très basse. Alors que la cote des vieux était très élevée. Aujourd'hui, c'est exactement le contraire : la valeur des vieux diminue rapidement et celle des enfants est de plus en plus haute. Ce sont de vrais petits empereurs. J'espère me tromper, mais je pense que, dans les années qui viennent, on va commencer à voir des vieux abandonnés. Parce qu'ils seront de plus en plus nombreux et que leur valeur sera de plus en plus basse. Et les enfants, quel sera leur statut ? Pour eux aussi, on peut se demander si cette situation est souhaitable. A quel genre d'environnement psychologique et social seront-ils confrontés ? Le changement de population attendu va mener à une situation inédite, elle aussi : des enfants devenus extrêmement rares. On s'inquiète souvent des tensions qui vont apparaître entre les adultes actifs et les trop nombreux vieux dont ils auront la charge, mais qu'en sera-t-il des relations entre les enfants et les vieux, et de celles des enfants entre eux ? Chaque enfant serait entouré par une cour de personnes âgées qui s'occuperont de lui, le couvrant de soins et d'attentions, prêtes à satisfaire ses moindres désirs. On devrait se demander ce que sera le climat dans lequel ces enfants grandiront et les ressources émotionnelles sur lesquelles ils pourront compter. Cela est d'autant plus important qu'ils seront tous virtuellement enfants uniques et donc largement privés de camarades de jeux de leur âge. Une situation inquiétante quand on sait que la satisfaction rapide et complète des désirs et des besoins abaisse le seuil d'indépendance de l'enfant et augmente son insécurité dans les interactions sociales. Sans compter que, avec une fertilité comme celle des récentes années, la population italienne actuelle pourrait, bien sûr, finir par disparaître à très long terme. Recueilli par NATALIE LEVISALLES
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