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Le tabou de l'euthanasie 


Le Monde, 12 avril 2001. 

LA légalisation de l'euthanasie active par le Parlement des Pays-Bas prolonge un mouvement commencé ailleurs, mais va beaucoup plus loin. Auparavant, le Danemark avait autorisé l'euthanasie passive (refus ou interruption de soins permettant le maintien en vie de malades). Et, en 1994, l'Etat américain de l'Oregon a légalisé le suicide médicalement assisté. En France, le Comité national d'éthique s'est prononcé dans un avis du 3 mars 2000 contre la dépénalisation tout en prônant une "exception d'euthanasie" qui concernerait la seule euthanasie passive, dans les cas extrêmes, et dans le respect formel de l'autonomie du patient, l'acte restant soumis à l'autorité judiciaire. La loi française continue à considérer l'euthanasie selon les cas comme un homicide involontaire, un assassinat ou une non-assistance à personne en danger. A priori, la question n'est donc pas à l'ordre du jour.
Néanmoins, ce tabou brisé par un pays proche de nous oblige à s'interroger. Chacun l'a fait un jour ou l'autre dans son for intérieur, soit parce qu'il a été confronté à l'agonie d'un proche, soit en s'imaginant dans cette situation.

C'est sans doute ce qui explique l'adhésion de l'opinion à l'idée d'euthanasie, au moins sous certaines formes. Une étude Ipsos de septembre 1998 réalisée pour Le Figaro et France 3 posait la question ainsi : si vous étiez atteint d'une maladie incurable et en proie à d'extrêmes souffrances, souhaiteriez-vous que l'on vous aide à mourir ? Le oui représentait 79 % et le non catégorique seulement 12 %. Une majorité moins forte mais encore nette (61 %) répondait oui à la question : la loi doit-elle permettre aux médecins d'aider les malades en phase terminale qui en font la demande à mourir ? Les non n'étaient que 35 %.

Vue sous l'angle individuel, la liberté de mourir quand on pense en avoir fini, ou le "droit à une mort digne", pour reprendre les termes des partisans de la dépénalisation, sont défendables, et même désirables. Mais collectivement ? En tant que société humaine ? Admettre, officialiser, qu'on abrège des vies parce qu'elles n'ont plus d'avenir, parce qu'elles sont douloureuses ou inconscientes, c'est admettre, a contrario, qu'une vie ne vaut que si elle est belle, bonne. Utile. Exactement le message implicite martelé par l'ensemble de la société marchande.

La décision néerlandaise ne découle pas d'une situation nouvelle créée par un progrès technique, à l'instar d'autres problèmes bioéthiques comme la fécondation in vitro ou les manipulations génétiques. L'euthanasie se pose dans les mêmes termes éthiques aujourd'hui qu'hier. La question technique n'est que marginale : d'un côté il est plus facile d'interrompre une vie avec les moyens hospitaliers modernes, de l'autre il est désormais possible de juguler la souffrance, ce qui est tout l'enjeu des soins palliatifs. Du coup on s'interroge : qu'est-ce qui est en train de changer ? Une certaine conception de l'homme. Cela mérite réflexion.