2 Décembre 2011
France

Des lunettes qui simulent une cataracte, des
prothèses qui donnent une sensation
d'arthrose: au Salon des services à la
personne, Porte de Versailles, un "simulateur
de vieillesse" permet au visiteur de mieux
comprendre pourquoi des gestes simples
deviennent si compliqués pour une
personne âgée.
"Le but de l'exercice, c'est de se mettre dans
la peau de l'autre, pour être plus
tolérant", explique Jean-Paul Lechien,
président de l'Ipad, l'Institut de
prévention des accidents domestiques.
Pour faire comprendre les difficultés
que peuvent ressentir au quotidien les
personnes âgées, il fait d'abord
essayer différentes paires de lunettes.
La première simule une cataracte. On
voit dedans comme à travers un papier
calque. Autant dire mal.
La deuxième reproduit l'effet d'un
glaucome: le champ de vision est totalement
rétréci. "Si on tend la main
à une personne atteinte de glaucome,
elle ne peut pas la voir", souligne M.
Lechien.
"En plus d'altérer la vision, cette
maladie est un facteur de stress",
poursuit-il, citant l'exemple "d'une photo
déplacée sur un meuble par une
femme de ménage, qu'une vieille dame ne
voit plus et qui, du coup, pense l'avoir
égarée".
Enfin les lunettes simulant la DMLA
(dégénérescence maculaire
liée à l'âge) permettent
une vision uniquement
périphérique.
"C'est horrible, horrible!", lance Priscilla,
assistante sociale et visiteuse du Salon,
à Paris, qui vient d'essayer les
lunettes.
Jean-Paul Lechien lui fait ensuite enfiler des
prothèses sur les mains, les avant-bras
et les jambes, destinées à
simuler des maladies touchant les
articulations, comme l'arthrose.
Ses pouces sont désormais inutilisables
et sa motricité est subitement
diminuée. Chaque geste devient
pénible et lent.
"Je me sens seule dans mon monde"
Invitée à trouver 65 centimes
dans un porte-monnaie pour payer un
commerçant, la jeune femme s'y reprend
à plusieurs fois, tout en faisant
tomber des pièces, qu'elle ne parvient
pas à ramasser.
Se coiffer, refaire ses lacets ou enjamber une
baignoire sont des gestes coûteux, voire
irréalisables.
Pour s'asseoir, Priscilla n'a pas d'autre
choix que de se laisser tomber sur sa chaise.
"Pour boire, il faut pencher la tête,
pour manger, on en met forcément
partout", dit-elle, affublée de ses
prothèses et lunettes. "Je me sens
toute seule, dans mon monde".
"Et encore, vous n'avez pas de
problèmes d'audition!", lui fait
remarquer M. Lechien.
"Tant qu'on n'est pas dans leur situation, on
ne peut pas se rendre compte des
difficultés que rencontrent les
personnes âgées dans la vie
courante", estime Jocelyne, qui a
également testé lunettes et
prothèses.
Le simulateur de vieillissement, qui s'adresse
notamment aux personnels des maisons de
retraite, d'hôpitaux gériatriques
ou aux DRH - "puisqu'on est amené
à travailler de plus en plus tard",
"doit leur permettre de mieux comprendre
certains comportements", explique M. Lechien.
"Par exemple, ce n'est pas étonnant si
certaines vieilles dames demandent à
aller chez le coiffeur deux fois par mois,
même quand elles ont peu de moyens, ou
qu'elles renoncent à un bon restaurant
parce qu'elles savent que les minutes
passées à monter et descendre
d'une voiture vont être un calvaire",
indique-t-il.
L'autre objectif du simulateur est
d'améliorer la prévention.
Après l'avoir testé, il est en
effet plus facile de déceler qu'une
personne souffre d'une cataracte ou d'un
glaucome. Pour M. Lechien, "cela permet donc
aussi de valoriser le travail de ceux qui
s'occupent des personnes âgées".