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Une allocation pour le droit à bien vieillir

Par: François Wenz-Dumas 
Libération, 17 avril 2001

Cet après-midi à l'Assemblée nationale, Elisabeth Guigou monte au front. Après la séance de questions d'actualité et un nouvel examen - de pure forme - du texte sur l'interruption volontaire de grossesse, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité défendra le projet de loi sur l'allocation personnalisée d'autonomie (APA). Il s'agit, assure-t-elle, de «la quatrième grande réforme sociale de la législature». Le gouvernement de Lionel Jospin avait dès 1997 lancé les emplois-jeunes, histoire de montrer que le chômage n'était pas une fatalité. Puis, en 1998 et 1999, les 35 heures, que la divine surprise de la croissance a transformées en machine à créer des emplois. Il y a eu ensuite la couverture maladie universelle (CMU), offrant une protection sociale à 150 000 exclus et étendant la gratuité des soins à 5 ou 6 millions de personnes. L'APA, quatrième volet social de l'action gouvernementale, va faire passer de 135 000 à plus de 800 000 le nombre de personnes âgées qui pourront prétendre à une aide de la collectivité au titre de la prise en charge de leur handicap. 

Nécessité. L'importance de l'événement ne doit pas être sous-estimée. Depuis les ordonnances de 1946 créant les quatre branches de la Sécurité sociale (vieillesse, famille, maladie et accidents du travail), les grandes réformes instaurant un nouveau droit social sont exceptionnelles. On n'en compte même pas une par décennie: 1958 avec l'assurance chômage, 1971 pour le droit à la formation professionnelle, et 1988 avec le revenu minimum d'insertion (RMI). La retraite à 60 ans (1982) ou la CMU (1999) n'ont fait qu'étendre des droits existants. 

Le vieillissement annoncé de la population, en France comme dans tous les pays développés, rendait nécessaire la création de cette allocation. En Allemagne, ce sont les partenaires sociaux qui l'ont instaurée et qui la gèrent paritairement, comme une prestation classique de Sécu. En France, les relations tumultueuses entre partenaires sociaux et pouvoirs publics en ont décidé autrement. 

Zizanie. Une chose est certaine, personne ne regrettera la prestation spécifique dépendance (PSD) que l'APA remplace. Instaurée en janvier 1997 par la précédente majorité, gérée de façon autonome par les départements, la PSD créait des situations absurdes. En Charente, on avait droit à une aide. Deux communes plus loin, en Gironde, on n'avait rien. Avant d'accepter un dossier, tel conseil général commanditait une enquête descendant jusqu'aux arrière-petits-enfants, mettant à contribution les conjoints des petits-enfants, semant la zizanie dans les familles entre les ayants droit sommés de prendre en charge l'aïeul(e) au prorata de leurs revenus ou de vendre la maison de famille. On finissait par se débarrasser de l'ancêtre dans un établissement spécialisé, dans la culpabilisation générale. 

Le nouveau dispositif, préparé sous Martine Aubry par deux rapports successifs, celui de la nouvelle secrétaire d'Etat aux Personnes âgées Paulette Guinchard-Kunstler, alors députée du Doubs, et celui de l'ex-maire d'Orléans Jean-Pierre Sueur, est indéniablement plus souple et équitable. Il est surtout autorégulé: le régime du ticket modérateur rend l'APA peu attractive pour les retraités ayant un faible handicap et un haut revenu. Mais ils n'en sont exclus que s'ils refusent d'apporter leur propre contribution. En revanche, les personnes âgées lourdement handicapées et à faible revenu (moins de 6 000 F par mois) disposent d'un «droit de tirage» d'un montant suffisant (7 000 F par mois) pour assurer une fin de vie décente, qu'elles choisissent le maintien à domicile ou le placement en établissement spécialisé. 

Elisabeth Guigou espère que cette réforme essentielle permettra d'effacer de l'inconscient collectif des Français l'angoisse de la vieillesse vécue comme un amoindrissement, et les aidera à redécouvrir un énorme potentiel de mémoire. Les quelque 12 millions et demi de personnes de plus de 60 ans seront bientôt 15 puis 20 millions: l'enjeu à l'horizon 2020-2040 est énorme. 

Consensus. Mais la politique a aussi ses lois. Lionel Jospin et son gouvernement naviguent depuis les élections municipales dans un climat social délétère. Le Premier ministre est attendu au sein de sa propre majorité sur les plans sociaux avec Danone et Marks & Spencer, et sur la question du pouvoir d'achat, qu'il s'agisse du Smic ou des salaires de la fonction publique. Revenir sous les feux de l'actualité sociale avec une réforme consensuelle (à tel point que l'opposition s'apprête à voter pour la réforme ou à s'abstenir), garantissant une meilleure fin de vie aux personnes âgées est ambitieux. Mais cela risque de ne pas tout à fait répondre à la question du moment. 

De 3 000 à 7 000 francs par mois.

Le montant de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) dépendra du degré de handicap et des revenus. Quatre «groupes iso-ressources» (GIR) ont ainsi été distingués. Le premier (GIR 1) concerne 69 000 personnes totalement dépendantes. Les deux suivants se définissent par une forte perte d'autonomie, liée à l'état mental et physique (GIR2, 262 000 personnes)ou seulement physique (GIR 3, 201 000 personnes). Enfin, le quatrième groupe 
(264 000personnes) concerne des gens ayant besoin, pour certains actes de la vie quotidienne, d'une assistance particulière. Ce degré d'autonomie est défini par l'équipe médicale et sociale qui suit la personne. Le «droit de tirage» est de 7 000 F par mois pour le GIR 1, de 6 000 F pour le GIR 2, 4 500 F pour le GIR 3 et 3 000 F pour le GIR 4. Une personne gagnant moins de 6 000 F touche la totalité. Au-delà est instauré un ticket modérateur de 20 %, 40 %, 60 % en fonction des revenus, et de 80 % si les ressources dépassent 20 000 F par mois. L'APA coûtera 16 milliards de francs par an les deux premières années, et 23 milliards en vitesse de croisière. Elle sera financée par les 11 milliards actuellement consacrés à la prestation spécifique dépendance dans les départements, et par le transfert (5 milliards de francs) d'un point de CSG actuellement affecté au fonds de solidarité vieillesse.