Home |  Elder Rights |  Health |  Pension Watch |  Rural Aging |  Links |  Gallery |  Resources   

  SEARCH SUBSCRIBE  
 

Mission  |  Contact Us  |  Internships  |    

 



back

Vivre mieux, plus longtemps

Par: Sylvie O"Dy et Vincent Olivier
L'Express, May 17, 2001


Henri Salvador, 83 ans, triomphe à l'Olympia. La salle l'acclame, debout. Compay Segundo, 93 ans, héros du film culte Buena Vista Social Club, crève l'écran. Des champions de la longévité. Aujourd'hui, des exceptions. Demain... Il suffit de regarder les Raquel Welch, Jane Fonda, Claudia Cardinale, Catherine Deneuve, Sean Connery, Harrison Ford, Johnny Hallyday ou Mick Jagger. Prometteurs! En pleine activité, en pleine possession de leurs moyens. Comme si la génération des baby-boomers, celle de la libération sexuelle, des golden eighties, du New Age, abordait les rivages de l'âge comme jamais personne avant elle. Les riches enfants de l'après-guerre, bénéficiaires des progrès fulgurants de la médecine et de l'hygiène de vie, bouleversent tous les schémas classiques. En route vers la vieillesse, ils font l'école buissonnière. Tant mieux! Les pionniers de l'anti-âge montrent l'exemple.

Déjà, on parle non plus de vieillissement, mais de longévité. Déjà, vieillir n'est plus perçu comme un phénomène inéluctable, mais comme un processus physique que la médecine s'emploie à prévenir et à réparer. Déjà, on entrevoit la possibilité d'un vaccin contre la maladie d'Alzheimer (voir page 96). Il était temps, car la France, tout comme l'ensemble de l'Union européenne et les Etats-Unis, va voir sa population plonger massivement dans le troisième, le quatrième, voire le cinquième âge. Aujourd'hui, l'espérance de vie, dans notre pays, est de 75 ans pour les hommes et de 82 ans pour les femmes. Elle a doublé en un siècle. Une petite fille qui naît en 2001 a une chance sur deux de devenir centenaire. Cette révolution silencieuse a été longtemps négligée. Quelques précurseurs, le Pr Françoise Forette, auteur de La Révolution de la longévité (Grasset), par exemple, ou le Pr Etienne-Emile Baulieu, dont le nom reste attaché à la prometteuse DHEA (voir page 94), ont beaucoup fait pour une prise de conscience des pouvoirs publics. Au mois de juin devrait se mettre en place en France un Institut de la longévité, à l'initiative du Pr Baulieu. Un institut sans murs, un réseau de chercheurs, mêlant public et privé, aussi bien en génétique qu'en génomique, biologie, pharmacologie, thérapeutique, clinique, orchestrant un formidable effort de recherche dans ce secteur crucial.

En attendant les réponses de cette nouvelle quête, hommes et femmes doivent apprendre à dompter les outrages programmés de l'âge. Maryse Wolinski, dans son tout récent livre Nous serons toujours jeunes et beaux (Albin Michel), décortique ce phénoménal appétit de vivre des seniors, dont 12 millions sont grands-parents en France aujourd'hui. Leur rêve est non plus l'éternité, mais une vie au long cours riche et plaisante. Un troisième round de l'existence pour profiter dans de bonnes conditions de ce qui leur a toujours manqué jusque-là: le temps.

C'est désormais largement possible. On peut faire reculer les frontières de la vieillesse. Même si elle reste inscrite au plus profond de nos gènes. Il s'agit non de boire à une quelconque fontaine de jouvence, mais de profiter de tous les bienfaits actuels de la science. De refuser d'être le spectateur passif d'une lente décrépitude. Chacun peut gagner des années de vraie vie, vivre mieux tout en vivant plus longtemps. L'Express, en dix conseils clefs, vous donne le mode d'emploi.

Vivre mieux, plus longtemps
Les centenaires à la loupe


Atteindre son centième anniversaire sera-t-il un jour un phénomène ordinaire? Certains chiffres le laissent penser. En 1950, on ne comptait que 200 centenaires en France. Cinquante ans plus tard, il y en a 6 840. En 2050, ils seront, selon l'Insee, 150 000! D'où vient cette progression? Y a-t-il des familles où l'on vit plus vieux que d'autres? Pour le savoir, la Fondation nationale de géronto-logie, en partenariat avec la firme Novartis, lançait en 1999 une opération tout à fait originale: étudier ce qui constitue un phénomène unique dans l'histoire de l'humanité, la coïncidence de cinq générations vivant au même moment, de la plus jeune (2 ans à peine) à la plus âgée (âge médian: 93 ans). L'enquête, rendue publique récemment, a permis de retrouver 3 382 familles dans ce cas et de collecter des renseignements précis sur les quelque 500 familles qui ont répondu à un questionnaire très fourni. Outre la récurrence de pathologies classiques (ostéoporose, arthrose...), elle montre effectivement qu'il existe une certaine prédisposition familiale, puisque, dans 3% des cas, ce phénomène s'était déjà produit une fois dans leur histoire familiale récente.

Etre actif

Et si Dennis Tito, le milliardaire américain premier touriste de l'espace, nous montrait l'exemple? Tous les scientifiques le disent: pour gagner la bataille des ans, il faut impérativement garder le corps et l'esprit en éveil. Rencontrer, bavarder, bouger, sortir, voyager, participer deviennent les maîtres mots de cette offensive. Il n'y a pas que les molécules qui soignent.D'ailleurs, les quinquagénaires et leurs aînés n'ont pas attendu l'avis des spécialistes pour faire de la gym, entreprendre le tour du monde, s'inscrire aux tournois de bridge, s'initier à l'informatique, surfer sur Internet ou s'investir dans la nébuleuse associative. 44% des quinquagénaires et 40% des plus de 70 ans y trouvent une activité salutaire. Selon le Pr Jean-François Dartigues, patron de l'étude Paquid, qui suit, depuis 1988, une cohorte de personnes âgées, «il faut privilégier les activités impliquant initiative, planification, plaisir, et faire la guerre à la routine». Jardiniers ou bricoleurs sont dans le vrai. D'autres décident de reprendre le chemin de la fac. Ils ont assuré le succès phénoménal des conférences données l'hiver dernier par de grands scientifiques au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Quelle que soit sa forme, cette frénésie d'activité se révèle plus que payante. Elle préserve les capacités physiques et intellectuelles. Plus précieux encore, elle perpétue le nécessaire tissage de lien social qui donne du goût et du relief à l'existence. L'avenir appartient aux hypercurieux.


Ne pas s'isoler

Autonome mais... entouré! Voilà le secret de la longévité. L'enquête menée sur les familles de cinq générations (voir l'encadré page 96) le montre clairement. Entourés, donc, les arrière-arrière-grands-parents de cette étude, nés entre 1899 et 1914, le sont. Plus de la moitié voient en effet leurs propres enfants au moins une fois par semaine et leurs petits-enfants au moins une fois par mois. Notre doyen national, Raymond Abescat, né le 10 septembre 1891, a d'ailleurs droit de la part de sa descendance à une visite quotidienne. Psychiatres et gérontologues insistent sur ce point: il est essentiel de conserver la vie sociale la plus riche possible, pour ne pas rester figé sur un «avant» mythique, source de rancœur et de repli sur soi. «De bonnes relations affectives sont irremplaçables pour bien vieillir», certifie le Pr Jean-François Dartigues, coordonnateur de l'étude Paquid. D'ailleurs, lorsqu'on demande à ces anciens quelles sont les valeurs essentielles à transmettre, ils répondent l'amour et la «bonne entente familiale», devant le patrimoine ou les bijoux. Autonomes, les personnes de 90 ans et plus le sont aussi, à un point que bien des plus jeunes envieraient. Sur le plan physique, 25% des représentants de la cinquième génération et 92% de ceux de la quatrième se disent même «totalement» indépendants. Quant à l'autonomie financière, elle est complètement assurée dans, respectivement, 68 et 96% des tranches d'âge considérées. Est-ce lié? Dans les deux tiers des cas, les arrière-grands-parents vivent encore en couple. On sait que la vie conjugale est un excellent pronostic pour l'espérance de vie. N'oubliez pas pour autant les conseils donnés par les médecins: passé un certain âge, un rapport amoureux plus ou moins prolongé s'apparente à un effort physique important. La prudence est donc de rigueur, en particulier pour les cardiaques qui souhaiteraient retrouver une nouvelle jeunesse à coups de Viagra.


Rester zen

Le stress, c'est la vie. C'est lui qui déclenche la sécrétion d'adrénaline, l'hormone qui déboule à toute vitesse dans le sang et permet de se rattraper à une rampe quand on rate une marche ou de faire rapidement face à une situation inconnue. Mais point trop n'en faut. Si l'absence parfaite de stress ne se retrouve que dans la mort, il est bon de ne pas abuser de ses retombées parfois spectaculaires. Sinon, attention! Ses effets pervers empoisonnent l'existence. Entre les insomnies qui rongent les nuits, les tensions qui tordent les muscles et les méfaits psychologiques de l'anxiété, les personnes trop stressées ne font pas de vieux os et ne profitent guère de la vie. Alors, autant recourir à la relaxation ou au yoga, à la natation ou à la sieste pour se déstresser. Le Dr Thomas Perls, spécialiste de la longévité à Harvard, a soumis à des tests psychologiques les centenaires qu'il suit. Il ressort de cette récente étude que ces superseniors ne se sont jamais posé de problèmes existentiels et ne se font en général pas de souci. Mieux vaut aimer rire pour voyager au long cours dans la vie, en forme. Un zeste de fantaisie n'est pas à négliger. Au fait, danser, c'est aussi bien que de faire de la gymnastique, mais c'est plus gai! Et rien ne vaut une bonne tranquillité d'esprit pour couler longtemps des jours heureux. D'où l'impérieuse nécessité de se préparer une retraite sans grosse interrogation financière, et de devenir philosophe face aux petits problèmes de l'existence.